Une peinture exigeante tournée vers les autres L'homme parle peu, préférant laisser sa peinture s'exprimer à sa place. Il nous faut donc explorer l’oeuvre de ce sociétaire des Indépendants pour tenter de reconstituer un parcours d'un demi-siècle. Issu d'une famille dont plusieurs membres peignent en amateurs, GuyRémi Barbier doit sa première exposition en 1954 à Saint-Omer à son professeur de français de collège qui a remarqué ses prédispositions artistiques. Pourtant, de longues années s’écoulent avant que la peinture ne devienne son activité principale : comme tous les hommes de sa génération qui ont connu la guerre enfants, Guyrémi Barbier doit d'abord songer à avoir un métier « sûr », véritable garant social. Cependant, la peinture a toujours été pour lui beaucoup plus qu'un passe-temps de dimanches pluvieux. « J'arrivais à cumuler mes deux activités, professionnelle et picturale, explique Guyrémi Barbier, peignant quand j'avais un creux dans le travail. » Ses obligations déteignent immanquablement sur son regard : il lui faut travailler vite, dans le frais et avec le moins de contraintes possibles. Le paysage traité à l'aquarelle sur le motif se prête alors à merveille à ses aspirations. Aujourd'hui, Guyrémi Barbier se consacre entièrement à sa passion. Cependant, là où bien d'autres se seraient contentés de poursuivre leur petit bonhomme de chemin, son art l'oriente vers de nouvelles exigences. Dans sa bonne ville de Bourges, il fréquente régulièrement l'académie Jean Doucet, remet ses connaissances en question, échange avec d'autres peintres, travaille le modèle au fusain, prend le temps de méditer sur la nature morte, consacre de longues heures au croquis... Aux heures exquises où la lumière l’exige, il installe son chevalet dans les vieilles rues de la ville. Il fait alors oeuvre de collectage. En posant son regard contemporain sur le passé prestigieux de la ville, il redonne vie aux demeures anciennes. Là, comme il l’écrit dans un de ses poèmes (car Guyrémi Barbier est aussi amateur de mots) dans « la lumière cramoisie, jaune, rasante de fin de soirée », il traque « l'éclat maladif de certains réverbères ». Cette œuvre, largement appréciée des spectateurs, lui a valu le premier prix du huitième centenaire de la cathédrale de Bourges et le surnom de « Monet de Bourges ». Maître de son temps, Guyrémi Barbier peut s’asseoir devant son chevalet là où il le souhaite… enfin presque. « Des villes d’eau interdisent aux peintres de s'installer dans certains endroits, constate-t-il. C'est très dommage pour la création. » Heureusement, il ne rencontre pas ce problème dans un de ses lieux de création favori, le Marais Poitevin. « J'aime l'eau quand elle se mélange à la terre, dit-il, et que se créent entre les deux des jeux de miroirs ». Le marais est alors une immense palette dans laquelle il puise une inspiration qu'il exploite à l'aquarelle et, de plus en plus fréquemment, à l'acrylique et à l'huile. Guyrémi Barbier passe aussi beaucoup de temps dans son atelier. Il y peaufine des natures mortes de fleurs ou de jouets, reprend ses modèles d'académie au fusain, brosse des scènes mouvantes de manèges, compose de vivants ensembles de musiciens… Il y crée également de sévères autoportraits, reflets d’une personnalité exigeante qui entretient la légende d’un artiste qui ne semble pas beaucoup s’aimer, préférant à l’égoïsme du « moi », l’altruisme de la création. Alain Coudert
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